Par Me Arnel RÉMY
Avocat au Barreau de Port-au-Prince
Coordonnateur du CADDHO
PDG du Cabinet ADVOCATUS LAW FIRM
Masterant niveau 2 en Droit Processuel à l’Université Paris8
Masterant niveau 1 Droit Pénal/Sciences Criminelles à l’UEH
Masterant niveau 1 Recherches sociales à l’Université Jean Price Mars
Initiateur du plaidoyer pour la NUMÉRISATION du système judiciaire haïtien
La détention préventive prolongée est l’un des plus grands scandales du système judiciaire haïtien. Depuis des décennies, elle détruit des vies, brise des familles et affaiblit la confiance des citoyens envers la justice. Face à cette réalité qui perdure depuis les années 1990, il est temps d’adopter une solution moderne, efficace et durable : la numérisation du système judiciaire et carcéral.
Certes, plusieurs propositions ont été avancées au fil des ans : construction de nouvelles prisons, renforcement du contrôle des détenus, individualisation des peines. Ces mesures sont importantes. Mais elles ne s’attaquent pas à la racine du problème : la lenteur administrative, la perte de dossiers et le dysfonctionnement structurel du système.
La numérisation représente aujourd’hui une réponse concrète et stratégique.
D’abord, elle permettrait d’éliminer les problèmes liés aux archives physiques : dossiers égarés, documents détruits, pièces disparues. Trop souvent, des détenus restent incarcérés parce que leur dossier est introuvable ou incomplet. Grâce aux technologies de l’information et de la communication, chaque dossier pourrait être sécurisé sur un serveur central, accessible aux autorités judiciaires autorisées.
Ensuite, la numérisation accélérerait considérablement le traitement des affaires. Un système informatisé permettrait un suivi rigoureux des procédures, des délais et des décisions judiciaires. La justice irait plus vite, et la détention préventive prolongée reculerait.
Elle ouvrirait également la voie aux procès par visioconférence. Dans la juridiction de Port-au-Prince, des assises criminelles de haut niveau n’ont pas été organisées depuis plusieurs années. Avec deux salles équipées de caméras, de moniteurs et d’un système de sonorisation adéquat, les juges, le commissaire du gouvernement, le greffier et l’huissier pourraient siéger dans une salle, l’avocat dans une autre, tandis que le détenu resterait en milieu carcéral. Cette formule serait plus rapide, plus économique et plus sécurisée.
La numérisation, c’est aussi une question de transparence et de droits humains. Chaque détenu devrait disposer d’une identité numérique permettant d’accéder aux informations essentielles : âge, faits reprochés, date d’arrestation, état d’avancement du dossier. Il est inacceptable qu’en 2026, des personnes soient encore privées de liberté sans connaître clairement la situation de leur propre dossier.
Le Collectif des Avocats pour la Défense des Droits de l’Homme (CADDHO) et Le Cabinet ADVOCATUS LAW FIRM demandent officiellement la modernisation numérique du système judiciaire haïtien. Trop d’organisations dénoncent la détention préventive prolongée sans proposer de solution structurelle. La numérisation en est une.
Elle permettrait également de protéger les données judiciaires en cas de cambriolage d’un parquet ou de perte de documents physiques. Grâce à un système centralisé et sécurisé, les informations resteraient accessibles à partir d’un simple code d’identification.
Il ne s’agit pas d’un luxe technologique. Il s’agit d’une urgence nationale.
Moderniser le système judiciaire, c’est restaurer la dignité des justiciables, renforcer l’efficacité des magistrats et redonner confiance au peuple haïtien dans son système de justice.
L’heure n’est plus aux constats. L’heure est à l’action.