Depuis 2017, le Ministère de l’Environnement (MdE) serait, selon plusieurs sources concordantes, sous l’emprise d’un système organisé de prédation des ressources publiques. Au centre de ces allégations figure Ligondé Jean Lucien, à travers sa firme CHRAD et d’autres entreprises liées à la famille Ligondé, avec le soutien présumé d’un ancien membre observateur du CPT et d’une frange de l’Église catholique romaine.
D’après des témoignages recueillis, ces structures auraient progressivement capté une part substantielle du budget du ministère via des contrats attribués dans des conditions jugées opaques, notamment pour la construction de centres de germoplasme dans plusieurs départements stratégiques du pays, dont le Sud, la Grand’Anse, les Nippes, le Nord et le Nord-Ouest. Présentés comme structurants pour la conservation de la biodiversité et la résilience environnementale, ces projets auraient fait l’objet de surfacturations importantes, sans que les réalisations effectives sur le terrain ne reflètent les montants engagés.
À ces contrats de construction se seraient ajoutés d’autres marchés, qualifiés de fictifs par certains cadres du MdE, portant sur la gestion et la redynamisation de ces centres, la gestion des déchets solides ou encore la prévention des crues. Ces dispositifs auraient permis des décaissements réguliers dans le cadre du programme d’investissement public, sans prestations clairement identifiables.
Pour assurer la pérennité de ce système, Ligondé aurait, selon les mêmes sources, mis en place un réseau interne assimilé à une « mafia administrative », impliquant des cadres supérieurs du ministère et certains agents du personnel d’exécution.
Dans ce contexte, les décisions stratégiques du MdE ne suivraient plus les procédures institutionnelles normales, mais répondraient aux orientations directes de Ligondé. Estimant que l’influence économique de sa firme ne suffisait pas à garantir durablement ce contrôle, celui-ci aurait créé un parti politique dénommé REN afin de se doter d’un levier politique direct. Dans le cadre de la transition en cours, le MdE aurait été attribué à ce parti, ce qui, selon plusieurs observateurs, aurait consolidé un système déjà profondément ancré.
Toujours selon ces sources, des cadres des Directions départementales ayant tenté de dénoncer ces pratiques auraient été marginalisés. Les promotions et nominations relevant de ces directions auraient été bloquées, tandis que les proches du système auraient bénéficié d’avantages financiers importants, de crédits sur cartes de débit et de quotas de carburant dépassant largement les plafonds réglementaires fixés selon les catégories d’employés, en violation des règles de gestion publique.
Dans un pays confronté à une crise environnementale aiguë — marquée par la déforestation, l’insalubrité, la dégradation accélérée des écosystèmes et une forte vulnérabilité aux chocs climatiques — ces pratiques alléguées contribueraient à détourner des ressources destinées à la protection de l’environnement au profit d’intérêts privés et politiques.
Face à ce tableau préoccupant, une question centrale demeure : quelle place est laissée à la population haïtienne, déjà en grande difficulté, dans un système qui semble sacrifier l’intérêt général au profit du clientélisme et de la captation des fonds publics ?
Au regard de la gravité des faits rapportés, un appel est lancé à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) ainsi qu’à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), afin qu’elles examinent en urgence la gestion du Ministère de l’Environnement sur au moins les dix dernières années, les contrats attribués à la firme CHRAD et aux entreprises liées à la famille Ligondé, ainsi que les liens présumés avec le parti REN, dans l’ob